Northanger Abbey suit Catherine Morland, jeune lectrice nourrie de romans gothiques, dans son apprentissage mondain à Bath puis dans la demeure des Tilney. Austen y déploie une intrigue de formation autant qu'une parodie raffinée des fictions à mystères populaires à la fin du XVIIIe siècle, notamment celles d'Ann Radcliffe. Le style, limpide et ironique, oppose les emballements de l'imagination romanesque aux réalités sociales: fortune, bienséance, mariage, conversation et jugement moral. Jane Austen, attentive observatrice de la gentry provinciale anglaise, écrivit ce roman tôt dans sa carrière, alors que la vogue gothique dominait une partie du marché littéraire. Son expérience des bals, des visites, des lectures féminines et des contraintes imposées aux jeunes femmes nourrit la précision satirique du livre. En défendant explicitement le roman comme genre digne, elle répond aussi aux préjugés culturels de son époque contre les lectrices et les romancières. Je recommande Northanger Abbey à qui veut découvrir une Austen plus joueuse, presque expérimentale, mais déjà maîtresse de l'ironie sociale. Le livre amuse par ses illusions gothiques, instruit par sa lucidité morale, et révèle comment apprendre à lire les livres, les autres et soi-même.